Si l’exploitation de la data est aujourd’hui bien ancrée dans toutes les directions métiers, l’enjeu des données ne peut désormais plus se limiter à ce seul type d’utilisation. Fabrice Haccoun, Directeur Général de Keyrus France décrypte pour l’ADN Business les nouveaux enjeux de la data pour les entreprises.

Keyrus est une société de prestation de services principalement axée autour de la data et du digital. Son fondateur a eu la vision il y a 25 ans de couvrir toute la chaîne de valeur, depuis le management consulting, jusqu’au infra, en passant par la réalisation d’application, la mise en œuvre, le développement et la maintenance.

Quelle est la mission de Keyrus ?

Notre mission est d’accompagner les grands groupes et les grandes organisations dans leur transformation métier. Beaucoup d’acteurs du marché sont des fournisseurs de prestation intellectuelle. Ce qui est très noble. Chez Keyrus nous avons une dimension supplémentaire autour de l’innovation et de la capitalisation. Cela fait 25 ans que nous montons des projets autour de la data et du digital. Nous avons donc une réelle expérience sur laquelle capitaliser. Si on ajoute à cela une capacité d’innovation qui nous permet de nous approprier les outils pour pouvoir les adapter au cas d’usage des clients, cela donne une dimension supplémentaire à l’entreprise. Aujourd’hui nous sommes donc en capacité d’intervenir dans toutes les fonctions de l’entreprise : supply chain, finance, commerce, RH… Dès lors qu’il y a un besoin d’exploiter et de valoriser un patrimoine de données.

Quels sont les enjeux liés à la gestion de la data ?

Les grandes organisations publiques font face au défi de fournir un service de plus en plus qualitatif, à de plus en plus de monde, avec des moyens plus contraints. Pour résoudre cette équation il est nécessaire de changer de paradigme. Il faut pouvoir manipuler et exploiter de la donnée de façon industrialisée et automatisée, avec de l’IA par exemple.

Les grands groupes, quant à eux sont en recherche de nouveaux réservoirs de croissance et de business additionnel. Ils doivent donc relever 3 défis : accroître leur business, accroître leur rentabilité et faire face au risque cyber et de fraudes. Et pour faire face à tous ces enjeux il faut exploiter la donnée à travers le canal digital.

C’est la raison pour laquelle il est déterminant pour les organisations, privées ou publiques, de se transformer. Notre métier est d’accompagner ces transformations au travers de l’usage de la data.

Avez-vous constaté un effet Covid ?

La crise a accéléré la transformation digitale de façon incroyable. Nous n’avons jamais eu un tel niveau d’activité et de croissance sur l’activité digitale dû à l’évolution des usages (dématérialisation du lieu de travail…) qu’en 2020 /2021.

La crise a transformé les usages. Certaines activités ont dû complètement se transformer pour continuer à exister. C’est le cas du secteur de l’évènementiel. Nos clients ont été hyperagiles et ont su se saisir de cette crise pour transformer leur salon physique en salon virtuel. Ils en ont profité pour exploiter la donnée beaucoup mieux que sur un salon physique. Ils ont pu segmenter, analyser la navigation sur les stands virtuels et cibler beaucoup mieux. Ce qui leur permet de réaliser des salons beaucoup plus qualitatifs.

Un des autres constats liés à la crise réside dans la prise de conscience liée à la sécurité. Car si globalement les grandes organisations sont très conscientes de l’impératif de sécurité les attaques récentes (REvil) ont eu un rôle d’électrochoc.

Pensez-vous que ces usages vont perdurer ?

Il ne va pas y avoir de disparition du physique. Alors que l’on peut recommencer à organiser des évènements physiques, on constate un réel engouement des acteurs pour se revoir. Il y a un besoin de contact, d’échange. Le physique et le digital sont donc amenés à coexister avec de nouvelles cibles et de nouveaux usages qui ouvrent de nouveaux horizons. 

Le digital va-t-il être intégré aux évènements physiques pour collecter de la data ?

Le digital qui jusqu’à il y a peu était un support annexe devient Core Business. Ces nouveaux usages vont à terme transformer les directions marketing, communication et commerciale avec l’avènement du social selling.

Quels sont les nouveaux challenges auxquels les entreprises font face ?

La difficulté pour les entreprises est que tout va très vite. Aujourd’hui par exemple la grande question des services RH tourne autour des feedback collaborateurs. Les grands cycles annuels avec des cessions d’entretiens individuels pendant lesquels on recueille les desiderata de chacun, les feedback des salariés, où on fait des propositions d’augmentation… sont obsolètes. Un collaborateur qui ne se sent pas rémunéré à sa juste valeur s’en va. Les entreprises ne peuvent donc plus travailler sur des cycles longs et séquencés. Elles sont obligées d’être en évolution permanente. Pour répondre à ce besoin il existe des outils de feedback qui permettent de remonter en temps réel les signaux faibles et d’autres qui permettent de prendre la « température » pour éviter le turn-over.

Le souci pour les organisations est qu’entre le moment ou les services RH décident de mettre en place ce type d’outils et le moment où ils sont opérationnels est trop long. Alors pour être plus réactives les directions métiers utilisent le cloud pour créer des Shadow IT c’est-à-dire une informatique parallèle. Ce qui pose de très gros problèmes d’urbanisation des systèmes d’information, d’interopérabilité entre les applications, d’unité entre ces différents silos et le plus préjudiciable des problèmes de sécurité. Il est donc nécessaire d’intégrer de l’agilité à tous les niveaux de l’entreprise pour que les métiers n’aient pas besoin d’avoir recours à des systèmes d’IT Shadow. C’est un grand défi pour les DSI aujourd’hui.

Comment anticiper les besoins de transformation numérique et y répondre ?

Beaucoup de groupes l’anticipent grâce à l’agile, avec des sprint …Et le cloud est aussi une solution au problème car il permet de gagner du temps. Avec le cloud les DSI sont en capacité d’ouvrir rapidement une instance pour développer une application ou un usage et le mettre en production. Le cloud permet donc de résoudre ce besoin d’agilité en apportant une flexibilité qui réconcilie les métiers de l’entreprise avec les DSI.

Comment accompagnez-vous les entreprises ?

Nous sommes prestataires de services et de logiciels. Nous connaissons donc bien toutes les solutions du marché et nous avons conclu un certain nombre de partenariats avec des éditeurs. Nous sommes donc capables de vendre une solution et ensuite de l’adapter aux besoins des organisations. Mais notre singularité se fait sur la couverture globale que nous proposons à nos clients depuis les phases de conseil jusqu’au déploiement et à l’industrialisation.

On constitue des équipes mixtes client / Keyrus. On travaille à travers des processus d’idéation et de développement via du sprint en méthode agile, ce qui permet de ne pas créer d’effet tunnel. Dès les premiers sprint le client peut donc utiliser les applications sur les premiers usages.

Comment voyez-vous évoluer le marché de la data ?

Ce sont des métiers de cycle et d’effets de mode qu’il va falloir, à terme, recentrer sur l’humain. L’informatique est le premier vecteur de consommation d’énergie et de pollution (data center). Le stockage de toutes ces données ne sera pas soutenable. Passé cette période d’exploration et d’engouement la question de la rationalisation de l’usage de la donnée va donc devoir se poser en termes d’utilité.

Est-on prêt en France en termes de formation à répondre à ces nouveaux besoins des entreprises ?

En France il y a peu de relations entre le monde enseignement et professionnel il y a donc toujours un décalage entre le moment où les usages émergent et les formations. Cela dit il y a des disparités entre les grandes écoles de commerce et les universités. Nous sentons dans nos recrutements un décalage entre les profils. Malheureusement le monde universitaire est toujours un peu dans la défiance du monde de l’entreprise. C’est une question idéologique. Souvent les fonctions commerciales n’ont pas une bonne image dans les universités. Il y a une dichotomie. Si tout cela part d’une bonne intention, malheureusement ce n’est pas adapté au digital ou la data qui sont des métiers qui évoluent très vite et qu’il faut retranscrire rapidement dans les organisations au risque de rater le coche.