Suite au changement de nom du Groupe Facebook en Meta, Arnaud Touati, avocat spécialisé en droit des startups et des nouvelles technologies propose son analyse. Il est cofondateur du cabinet Hashtag Avocats.

Marc Zuckerberg change le nom de son groupe, qui devient Meta, pour marquer son ambition de révolutionner l'usage du web, en créant Metaverse, un espace ouvert virtuel offrant des fonctionnalités, inédites à ce jour, aux utilisateurs qui pourront « se déplacer, travailler, jouer et échanger librement dans cet univers ».

Pour réaliser son projet, Facebook a, notamment, annoncé devoir recruter, aux côtés des 10.000 postes déjà créés aux USA, 10.000 profils spécialisés en Europe. Espérant par-là faire peut-être oublier qu'il est régulièrement mis à l'index par les instances européennes pour ses manquements au respect de la vie privée. Pour l'instant, Metaverse reste un projet mal connu mais qui apparaît être au cœur de la stratégie de développement du leader des réseaux sociaux. Pour l'occasion, son fondateur n'hésite pas à débaptiser Facebook malgré le coût et les risques liés à un tel changement de marque.

C'est quoi un Metaverse ?

Aux dires de Marc Zuckerberg, Metaverse c'est la « plateforme informatique du futur ». S'en suivent une kyrielle de qualificatifs pour l'instant plutôt flous. Metaverse serait un « univers virtuel dans lequel les utilisateurs peuvent évoluer, en trois dimensions, dans des espaces partagés ». Sans que cela soit clairement dit, on comprend que Facebook entend créer un nouveau moyen d'accès à l'ordinateur personnel qui ringardise l'Internet que nous connaissons. En effet, à y bien regarder, Internet s'est apparemment sophistiqué mais n'a pas fondamentalement évolué depuis le début des années 2000. Il existe aujourd'hui pratiquement autant de moyens d'accès qu'il y a de situations d'utilisation : un point d'entrée pour la messagerie et autant d'autres que de réseaux sociaux, de moteurs de recherche et d'usages (jeux en ligne, GPS, banques, plateformes d'achat, sites de voyage, media, outils domotiques, etc.). Dans la vision de Marc Zuckerberg, il s'agit de capter la plupart de ces cas d'usage et de regrouper moteurs de recherche, navigateurs, avatars et autres périphériques.

À dessein, le discours reste flou et met principalement l'accent sur les accessoires futuristes comme, par exemple, les casques de réalité virtuelle et les lunettes 3D. L'objectif affiché est de « créer un sentiment accru de présence virtuelle, l'interaction en ligne se rapprochant de l'interaction individuelle ». En 2014, Mark Zuckerberg imaginait déjà que « la technologie allait permettre d'ouvrir de nouvelles voies pour capturer et communiquer de nouvelles formes d'expériences ». Depuis, Facebook a, par exemple, investi près de deux milliards de dollars pour acquérir Oculus, société spécialisée dans les périphériques de réalité virtuelle.

Pour mieux avancer masqué, Facebook laisse entendre ne pas être totalement précurseur en la matière. Le concept serait dans l'air depuis environ 10 ans et le terme « metavers » déjà utilisé. En effet, on le retrouve dans certains jeux en ligne multijoueurs, comme Second Life, le jeu vidéo Fortnite, ou encore le film de science-fiction Ready Player One de Steven Spielberg. Malgré tout, les projets sont peu comparables. En effet, la plupart des initiatives n'ayant jamais disposé de des moyens financiers et humains du groupe californien, outre un nombre vertigineux d'utilisateurs qui font toute la différence.

Quel avenir pour le Metaverse de Facebook ?

La communication de Facebook peut apparaître pour certains comme un leurre et un moyen de détourner l'attention des scandales qui entachent actuellement sa réputation. Même si on ne peut écarter l'idée que les démêlés récents de Facebook aient contribué à accélérer sa communication, force est de constater que le projet Metaverse est antérieur aux polémiques actuelles. Au-delà des effets d'annonce, Metaverse apparaît comme une stratégie pour Facebook pour continuer à se développer en préemptant l'avenir et en captant les utilisateurs des moteurs de recherche, principalement Google. Accessoirement des autres réseaux sociaux, des jeux en ligne et, potentiellement, de certaines applications professionnelles, à la limite de l'usage grand public, comme le pack office de Microsoft. L'utilisateur ne disposant plus par commodité que d'un seul canal comme moyen d'accès à son ordinateur qui, partant, pourrait pratiquement tout connaître de lui.

Cette perspective nous ramène aux critiques faites à Facebook, lesquelles sont alimentées par son modèle économique qui repose sur la publicité ciblée. Grâce à Metaverse, Facebook pourrait capter encore plus de données, notamment comportementales, et savoir non seulement « où les utilisateurs cliquent et ce qu'ils choisissent de partager mais où ils choisissent d'aller, ce qu'ils regardent, la façon dont ils bougent et réagissent ».

Loin d'apporter un remède à ce que l'on reproche actuellement à Facebook pour l'utilisation qu'il fait des données personnelles, lesquelles demeurent malgré tout encore limitées, Metaverse prépare l'avènement d'un monde où l'utilisateur devra passer par le même canal pour tous ses usages informatiques, donnant ainsi accès à, faute d'un meilleur mot, ce qu'on appelle encore une plateforme à l'ensemble des informations le concernant, permettant une infinité de croisements pour affiner la publicité qui est au cœur du business model de Facebook.


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