En cinq mois Snapchat a annoncé trois acquisitions dans la réalité augmentée. Fin aout 2021, c’est TikTok qui annonçait sauter le pas. En effet, le réseau social chinois a indiqué tester un outil pour créer des filtres et des expériences en réalité augmentée. Décryptage avec Romain Cochard de FilterMaker.

FilterMaker est une agence de communication spécialisée dans la création de contenu en réalité augmentée. Elle permet aux marques d’augmenter leur notoriété en s’appuyant sur leur communauté et leurs clients comme prescripteurs de leurs marques.

Comment expliquez-vous l’engouement des marques pour la réalité augmentée sur les réseaux sociaux ?

Romain Cochard - La réalité augmentée sur les réseaux sociaux permet de proposer un contenu marketing à promouvoir qui génère ce qu’on appelle de l’UGC : User Generated content, à savoir un contenu publié par des utilisateurs sur les réseaux sociaux à propos d'une marque ou d'une entreprise. C’est le seul type de contenu où les marques peuvent utiliser leurs clients ou les personnes qui les suivent comme ambassadeurs. Historiquement, les marques pouvaient publier des contenus de types photos, vidéos… qui étaient commentés. Désormais, en regardant la story d’un ami je peux voir un contenu en RA qui appartient à une marque sans que celle-ci n’en n’ai réellement fait la promotion. C’est la personne qui en aura utilisé l’effet qui en aura été l’ambassadrice.

Y-a-t-il un intérêt financier pour les marques ?

R.C - Évidemment. En investissant 3000 ou 4000 euros les marques peuvent avoir un retour sur investissement équivalent à une campagne de communication sur une grande chaîne de télévision qui peut être facturer jusqu’à 100 000 euros. C’est donc très valable ! Nous avons calculé qu’en fonction de la communauté et du secteur le ROI est en moyenne 3 fois supérieur par rapport à du contenu traditionnel. Aujourd’hui, on enregistre jusqu’à 30% de conversion en plus sur certaines marques et certains produits grâce à la RA.

Pour quels types de campagnes les marques ont-elles recourt à la réalité augmentée sur les réseaux sociaux ?

R.C - Les marques utilisent la RA pour deux raisons principales. La première pour des campagnes de brand content. L’objectif étant d’accroître la notoriété de leur marque. Elles proposent alors un contenu qui va s’inscrire dans le temps et permettre de toucher une cible large. La seconde concerne les campagnes d’activation, qui sont un peu plus spécifiques et sont liées à des moments forts de la marque.

Y a-t-il des freins à l’usage de la réalité augmentée sur les RS ?

R.C - Le seul frein est le bad buzz. En fait l’UGC a l’inconvénient de ses avantages. À partir du moment où les utilisateurs peuvent s’approprier le contenu, rien ne garantit à la marque qu’ils ne vont pas le faire d’une façon qui pourrait la desservir. Les secteurs où il y a de la tension, de la rivalité, comme les clubs de foot par exemple, peuvent renoncer à utiliser la RA. À titre d’exemple, récemment nous étions en discussion avec un club de foot, qui finalement a abandonné l’idée. Le frein est donc la « non-maîtrise » du contenu. Conscient de ce point faible, nous travaillons actuellement sur des méthodes qui permettraient d’anticiper la manière dont les utilisateurs pourraient s’approprier les contenus pour pouvoir les orienter de façon à éviter les bad buzz.

Avez-vous observé un effet coronavirus ?

R.C - Le coronavirus a modifié le quotidien des Français et face à la fermeture des commerces ils sont nombreux à s’être convertis au e-commerce. Les gens sont restés chez eux et logiquement ils ont été plus connectés. Ils ont donc partagé davantage de contenus liés à des marques sur les RS. De leurs côtés face à la fermeture des showrooms et des magasins, les marques ont dû s’adapter pour garder le lien avec leurs clients, ce qui les a poussées à investir les contenus en réalité augmentée. Nous avons pu constater un vrai « boom » sur des secteurs comme l'habillement (essayage), les cosmétiques et l’ameublement/décoration. Mais il faut savoir que concernant les RS tout cela n’aurait pas été possible, en tout cas dans cette proportion, si 6 mois avant la crise sanitaire, les plateformes n’avaient pas donné la possibilité aux entreprises d’intégrer leurs propres éléments en RA. L’essor de la RA est donc multicausale.

Quel est votre modèle d’acquisition client ?

R.C - Lors de la création de l’entreprise, nous avons pris le parti d’investir sur l’outbound afin de générer rapidement du chiffre d’affaires. Dorénavant, nous avons de plus en plus de demandes entrantes. Le chiffre d'affaires aujourd’hui est divisé en 70% d’outbound et 30% d'inbound. Nous avons une rétention de 80 % à 6 mois.

Selon vous quels sont les tendances et les enjeux à venir ?

S’il y’a quelques années la RA pouvait être considérée comme « gadget » aujourd’hui l’appétence des marques et du marché pour ce type de contenus nous indique clairement que cette technologie devient incontournable. Les usages se développent de plus en plus, en particulier sur les réseaux sociaux. Une tendance émergente est l’essayage virtuel (le try on). En particulier dans le secteur de la mode. Le développement des lunettes en réalité augmentée est également une importante opportunité pour les marques. L’usage n’est pas encore présent à grande échelle, mais va se développer dans les prochaines années. Un des enjeux pour les fabricants de ces lunettes AR va être de réussir à rendre compatibles les softs AR fait pour les mobiles pour les lunettes. On peut même envisager que d’ici quelques années, certaines enseignes, notamment dans l’ameublement/décoration fermeront une partie de leur showroom et les remplaceront par des expériences en ligne, moins coûteuses et à haute valeur ajoutée pour les clients.