Si 80% des Français sont favorables au reconditionné, dans les faits seuls 30% sautent le pas. Pourquoi ? Par méfiance. Afin de lever les préjugés, Eric Cordon, co-fondateur de Quel Bon Plan nous fait entrer dans les coulisses de sa marketplace.

Permettre aux consommateurs de choisir un smartphone de seconde main de manière responsable, reconditionné à 100% en France, en circuit court, avec une empreinte carbone réduite, telle est l'ambition de la startup Quel Bon Plan. Décryptage.

Vous êtes numéro deux du marché du reconditionné pourtant on vous connaît peu, pourriez-vous commencer par nous présenter Quel Bon Plan  ?

Quel Bon Plan est une marketplace spécialisée dans l'électronique reconditionné. Nous avons pris le parti de faire du reconditionné 100 % français en travaillant uniquement avec des sociétés basées sur le territoire. Jusqu’à présent nous proposions des smartphones et des tablettes et depuis juillet 2022 avons ajouté à notre catalogue des gammes de matériel informatique ( objets connectés et consoles de jeux...)

Mis à part le fait de travailler avec des sociétés basées en France qu'est-ce qui vous différencie de vos concurrents ?

À la différence de nos concurrents nous qualifions systématiquement chacun de nos reconditionneurs par une visite contrôle sur site. Nous avons mis en place un système d’audit qui assure la qualité des produits. Sur les autres marketplaces il n'y a pas de qualification, ni de sélection (conditions de travail, normes des ateliers, qualité des pièces...). Concrètement, cela signifie que 70 % des ventes sur ce type de marketplaces proviennent de l'étranger et proposent des produits qui ne sont pas certifiées CE. Nous proposons donc une marketplace 100 % française, en circuit court, avec une vraie qualification de nos vendeurs.

Pourquoi avoir fait ce choix ?

La mise en place de ce processus de sélection garanti la qualité des produits pour le consommateur final. Qualité sur l’achat mais également sur le service après-vente, puisque nous travaillons sur le même fuseau horaire que nos ateliers partenaires, mais également garanti du respect des réglementations françaises au niveau sociétal, environnemental et gestion de transport.

Le marché du reconditionné est un bienfait pour l'environnement mais dès lors que les produits proviennent de l'étranger on en perd tous les bénéfices. En France, il y a de plus de 300 reconditionneurs sur le smartphone, et il y a des milliers de sociétés qui font du reconditionnement ce qui représente plus de 5000 emplois sur le territoire. Leur principal problème aujourd'hui concerne la concurrence déloyale à laquelle elles doivent faire face. Les produits en provenance de l'étranger sont certes moins chers, mais cela s'explique par le fait que les reconditionneurs étrangers ne paient pas de TVA en France. Nous faisons le choix d'accompagner l'ecosystème français.

Pourtant toutes les pièces ne sont pas produites en France ?

En effet, certaines pièces ne sont pas produites chez nous il faut donc les faire venir de l'étranger. C'est une contrainte à laquelle nous sommes confrontés car tout n'est malheureusement pas industrialisé chez nous.

Notre volonté est de favoriser les circuits courts et donc l'économie circulaire une fois les pièces arrivées sur notre territoire. Acheter des produits neuf qui ont fait plusieurs fois le tour de la planète est déjà un non-sens. Notre façon de fonctionner vise à empêcher ces produits de faire à nouveau le tour de la planète pour être reconditionné.

En quoi un appareil reconditionné diffère-t-il d'un produit neuf ?

Un smartphone reconditionné est un smartphone d'occasion, une seconde main remis à neuf par un professionnel. A l'image des voitures d'occasion revendues en concession, qui a été remise en état par un professionnel qui garantit son bon état de fonctionnement.

Les grades (état correct, bon état, très bon état, parfait état) décrivent l'usure apparente de l'appareil (coque et écran). En aucun cas ils ne concernent des aspects fonctionnels telle que la batterie ou l'écran. Une récente étude de l'ADEME confirme que la durée d'usage entre appareils reconditionnés ou neufs est la même.

Quand un smartphone devient-il obsolète ?

Il y a deux choses à prendre en compte : la partie hardware (pièces détachées) et la partie software (logiciels). Sur la partie software les capacités de l'appareil diminuent après quelques années,. Cela est principalement dû au fait que les systèmes d’exploitation nécessitent de plus en plus de mémoire. À titre d’exemple, un OS actuel nécessite près de 10 gigas de mémoire pour fonctionner. Il y a donc une obsolescence, non programmée, dû aux nouvelles technologies qui font que le hardware ne suit plus le software. En revanche, ces appareils, obsolètes en termes de système d'exploitation, peuvent tout à fait être utilisés pour de simples fonctions d'appels ou même en tant que télécommandes pour de la domotique. Il est donc utile de les conserver.

Côté hardware il n'y a pas vraiment d'obsolescence. Les fabricants fournissent des pièces détachées et on trouve également des pièces compatibles de qualité. Concernant ces dernières notre critère principal est la certification européenne. Certification qu'il est impossible de contrôler sur des plateformes de reconditionnement telles qu'Amazon, Cdiscount, Rakuten, Fnac ou Black Market, puisqu'il y a aucun contrôle des reconditionneurs.

Concrètement comment qualifiez-vous les reconditionneurs ? Vous basez-vous sur un cahier des charges ou uniquement sur du déclaratif ?

Nous avons établi une charte. Hormis la vérification des données basiques de type Kbis, nous effectuons une visite sur site pour contrôler les process de reconditionnement des produits. Nous sommes très attentifs à la manière dont les données sont effacées. Les reconditionneurs doivent pouvoir justifier de l’utilisation d’un outil d’effacement de données certifiées et être en mesure de nous transmettre un certificat concernant chacun de ces effacements. On vérifie également tout le process de reconditionnement avec au moins 40 points de contrôle par appareils.

Êtes-vous également attentif aux conditions de travail des collaborateurs ou vos critères sont-ils uniquement axés sur les produits ?

Aujourd'hui, on le vérifie mais il n'y a pas d'instructions précises. C'est quelque chose sur lequel on travaille. Nous intégrons en septembre une personne dédiée et nous sommes en relations avec deux entreprises pour nous accompagner dans la classification de nos « fournisseurs reconditionneurs » d’un point de vue RSE.

Avez-vous également un rôle de prescripteur auprès des reconditionneurs ?

Nous donnons des avis sur le mode de reconditionnement. À terme nous aimerions mettre en place une certification. À ceux qui n'ont pas un process de reconditionnement conforme à notre charte, et que nous ne pouvons donc pas intégrer à notre marketplace, nous soumettons des avis (gestion de pièces, process de reconditionnement...). L'idée, est d’accompagner la filière. Grâce à notre expertise et à notre réseau, nous sommes en capacité de les mettre en relations avec des fournisseurs qui sont conformes à notre charte.

Le 15 juin, l’UFC-Que Choisir annonçait porter plainte contre Back Market, les accusant par voie de presse de « mettre de la poudre aux yeux » des consommateurs et de « cacher de nombreuses entorses au droit de la consommation ». Qu'en pensez-vous ?

Pour un consommateur, un prix barré correspond symboliquement à une promotion. Alors que sur les sites d'e-commerce de reconditionné le prix barré correspond au prix du produit neuf. Une comparaison n’est pas une promotion. De plus, il n’y a pas de comparaison possible entre un produit neuf et un produit reconditionné. Ce qui est donc reproché à Back Market, mais ils ne sont pas les seuls concernés, s'apparente à des « fausses promotions ». Nous ne sommes pas concernés car nous ne pratiquons pas la politique des prix barrés.

Un des autres points reprochés à Back Market, mais encore une fois ils ne sont pas les seuls concernés, concerne l'ajout des frais de service en fin de parcours d'achat. Ce type de procédé ne permet pas au consommateur de comparer objectivement les tarifs entre deux sites. Avec ce type de méthode, sur notre site certains produits peuvent sembler plus chers, pourtant le prix annoncé correspond au prix final, il n'y a pas de rajout additionnel.

Pensez-vous, qu'à terme, les marketplaces de produits reconditionnés pourraient évoluer vers des systèmes d'abonnement ?

Il y a déjà des acteurs qui le proposent, on parle alors de leasing. Mais ce type de formule va à l'encontre des bienfaits du reconditionnement qui consiste à rallonger le cycle de vie des produits. Changer régulièrement son appareil est antinomique avec la durabilité.

De notre côté nous réfléchissons plutôt à proposer une solution de réparation afin que le client conserve son produit le plus longtemps possible, ce qui aura un réel impact environnemental. À cette fin, nous sommes en train de mettre en place un système de paiement en plusieurs fois qui permettra de laisser la propriété de l'appareil au consommateur pour éviter la surconsommation.

Dernière question. En 2021, la RCP (Redevance Copie Privée) sur les produits reconditionnés a été adoptée au Sénat, qu'en pensez-vous ?

Concrètement cette taxe va à l'encontre de l'économie circulaire, du travail en France et augmente le coût pour le consommateur final. Elle pénalise donc l'ensemble de la filière.

Si au départ la RCP concernait les copies faites sur des cassettes où des CD, à l'heure du streaming cette taxe est obsolète. Selon les statistiques, environ 0,002 % d'appareils contiennent du contenu copié sur des smartphones et tablettes ou des PC. La RCP n'a donc aucun sens sur les produits neufs et encore moins sur les produits reconditionnés. Dans les faits cela consiste à taxer le consommateur une première fois sur le produit neuf et à nouveau sur un produit reconditionné. Il serait plus cohérent que « Copie Privée France » taxe des sociétés comme Netflix, Spotify ou encore Deezer.

Du côté des entreprises, non seulement les reconditionneurs français sont victimes de concurrence déloyale vis-à-vis des sociétés étrangères, (une étude montre que 98 % des vendeurs étrangers des marketplaces ne payent pas la TVA en France) et en plus on leur impose une taxe qui diminue encore leur marge. C'est un non-sens.

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