Eco-conception, réemploi, upcyclingAlors que chaque année, plus de 2 millions de tonnes de meubles sont jetées en France, la startup à impact Airnest propose un service circulaire de location. Entretien.

Société à mission, la startup Airnest entend démocratiser une économie circulaire du meuble, et lutter contre la Fast Furniture, avec une solution pratique, économique et écologique. Alban Lemaire fondateur d'Airnest nous explique.

Comment est née l'idée Airnest ?

Nous sommes partis de l'idée que les nouvelles générations arrivant sur le marché du travail, sont plus mobiles qu'avant. À la fois professionnellement (change plus facilement de travail que leurs aînés) et géographiquement (télétravail...). Au-delà d'être plus mobiles, elles sont également plus soucieuses de leur empreinte environnementale. Elles font plus attention à l'usage et sont moins attachées à la propriété. Enfin, elles sont moins habituées à payer un prix élevé pour un bien. Elles fonctionnent plus par abonnement.

Constat ? Les offres actuelles ne sont pas en cohérence avec leurs attentes. En effet, le marché est actuellement scindé entre le haut de gamme et la fast furniture. D'un côté, une offre inadaptée en termes de coûts et d'usages (si on déménage souvent), de l'autre des meubles moins chers qui ont une valeur résiduelle quasi nulle et un impact environnemental important. Notre challenge était donc de proposer une offre qui soit durable et flexible.

Pourriez-vous nous définir l'offre Airnest ?

  1. Un catalogue de marque d’électroménager. Nous travaillons avec des marques jeunes, tendances et respectueuses de leur empreinte environnementale.
  2. Une couche de services avec des conseils : décoration, livraison, montage...
  3. Des options flexibles de paiement. On propose des locations de meubles de 3 à 24 mois. À tout moment il est possible de retourner les meubles ou alors de les acheter (auquel cas 100 % des sommes déjà versées sont déduites).
  4. Une offre circulaire : avant de retourner dans le circuit, toutes les pièces sont récupérées, nettoyées et remises en état. On s'engage à proposer des pièces reconditionnées comme neuves mais on ne s'engage pas à ce que ce soit neuf, hormis pour la catégorie matelas. 

Les meubles reconditionnés sont-ils remis en location à moindre coût ou partent-ils dans un autre circuit ?

L’idée est de les remettre dans le circuit de location au même prix, sauf s’ils sont endommagés. Pour ces meubles on pense à terme développer une partie revente seconde main. Un genre de Back Market du meuble mais issus uniquement de notre catalogue. Pour l'instant, l'idée, est de le réutiliser au maximum pour augmenter leur durée de vie.

Jusqu'où va votre souci de l'impact environnemental ?

À notre niveau la bonne échelle est celle de l'Europe. En effet, il est difficile de s'approvisionner uniquement en France pour des raisons de coûts et de réduction du catalogue. 80 % de notre catalogue est donc fabriqué en Europe même si pour démarrer, nous avons dû nous adapter et nous procurer des meubles en Indonésie par exemple. À long terme nous envisageons de développer notre propre gamme de meuble.

Vous stockez les meubles ou vous approvisionnez-vous au fil de l'eau auprès de vos enseignes partenaires ?

Nous avons démarré cet été. Pour contrôler notre capital nous avons fait le choix de nous approvisionner à réception des commandes. Depuis peu nous commençons à faire des stocks sur les quelques références qui tournent le plus. Nous allons augmenter progressivement ce qui nous permettra d’avoir des tarifs plus compétitifs auprès des fabricants. Nous acceptons d’acheter au fur et à mesure quitte à sacrifier un peu nos marges le temps de voir ce qui tourne le mieux. Dès lors qu'on aura plus de visibilité nous stockerons ce qui sera plus rentable.

Actuellement quelle est votre typologie de clients ?

Pour une question de coût de la logistique, c'est un service qui a besoin d’avoir une maille locale. À ce jour nous avons donc ouvert le service uniquement aux particuliers en Ile-de-France. Nous avons un entrepôt en dehors de Paris, qui permet de regrouper les meubles des différents fournisseurs et ensuite de livrer et monter en une seule fois. Nous avons également des contacts avec des clients expatriés pour lesquels nous sommes en capacité de rentabiliser compte tenu de la taille du projet. La prochaine étape sera de se développer à la fois en France mais aussi dans les pays limitrophes (Allemagne, Belgique, Hollande...).

Vous faites donc actuellement du BtoC, le BtoB est-il en projet ?

C’est en effet une idée de futur développement possible mais à ce jour nous nous concentrons sur le résidentiel et les meubles d’équipement du logement. Ça ne nous empêche pas de faire du BtoB puisqu’on travaille avec des bailleurs. Ils nous confient un appartement vide, pour lequel on gère l'ameublement, l'équipement en électroménager et la décoration. Au-delà du résidentiel, à long terme on réfléchit à se développer sur l'équipement de logements témoins. On envisage également des services de home staging d’appartement pour les mettre en valeur où de conciergerie pour AirBnB avec lesquelles nous sommes déjà en contact.

Comment se passe votre démarrage ?

On a lancé l’activité au mois de juillet et nous avons déjà plusieurs dizaines de clients aussi bien en meuble qu'en électroménager. Pou l’électroménager nous avons créé une petite marketplace en partenariat avec Murfy. Murfy est donc propriétaire du stock et nous les mettons à disposition de nos clients. On charge les loyers sur lesquels on prend une commission et ensuite on reverse à Murfy la part qui lui revient.

À ce jour nous avons principalement deux profils de client. Des locataires qui viennent de louer leur appartement et qui ont besoin d’équipement et d'une solution flexible pour se faire plaisir tout en étalant le coût et des bailleurs / agence AirbnB.

Les étudiants sont-ils une cible pour votre business ?

Nous avons quelques clients étudiants mais ce n’est pas notre cible à 100 %. Nous proposons des meubles de qualité pour des questions de durabilité et de valeur résiduelle sur le long terme de la location qui ont un coût plus élevé que des meubles issus de la fast furniture (type IKEA). Pour cette cible il faut prendre en compte la notion de « soin des meubles ». On pourrait proposer à ce public des packs avec des meubles qui ont déjà effectué 2 ou 3 cycles de location à un tarif dédié ou des packs adaptés avec des meubles en métal ou l’usure se verrait moins. C’est donc une typologie qui peut être intéressante à plein d’égard, ne serait-ce qu’en termes de fidélisation, mais il nous faut une offre adaptée.

Avez-vous des projets de levée de fonds ?

Oui mais pas à court terme. Il nous faut au préalable définir clairement notre catalogue, notre service et continuer à tester différents leviers de captation de clients comme Google AdWords, les partenariats, les réseaux sociaux… Lorsque nous aurons un service 5 étoiles, une captation de clients rodée et un catalogue produits bien défini nous pourrons envisager une levée de fonds. Le faire maintenant, ne serait pas pertinent.


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